“Toussaint Louverture” Le combat des aigles – 2012 Français

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-François-Dominique
Toussaint ?
-Général Toussaint Louverture.
-J’ai été personnellement chargé
par Bonaparte, d’établir
un rapport sur votre conduite
à Saint-Domingue.
Vous y êtes né esclave.
-J’ai décidé de t’affranchir.
-Les tensions entre Blancs et Noirs
ont jeté l’île
dans la guerre civile.
-Des milliers d’hommes
crient vengeance.
-Les victimes furent nombreuses.
-L’abolition
ou l’occupation étrangère.
-Les grands planteurs
quittèrent l’île.
C’est alors que vous avez été trahi
et qu’on a enlevé votre femme
et vos enfants.
-Toussaint !
-Et ensuite ?
-Biassou était
devenu complètement fou.
J’ai failli perdre
ma femme et mes enfants.
Elle crie.
-Toussaint !
Toussaint !
En créole :
Allez !
-J’ai eu peur.
-Ca va, je suis là.
-Nous avons à parler.
-Attendez-moi à St-Raphaël.
Je vous rejoindrai. Soldats !
-Pourquoi ce ralliement ?
-Il a dit à Hermona..
..que tu avais rencontré..
..le général Laveaux.
-Et ?
-Hermona a eu peur.
Il a voulu t’éliminer.
Pour lui,
tu avais trop d’influence.
-Il t’a tendu un guet-apens.
-On aurait sauvé ta famille.
-Prouvez-moi
que vous n’êtes plus..
..fidèles à Biassou.
-Apprêtez armes !
En joue !
-Arrêtez !
-Reposez armes !
-Général Laveaux,
..j’ai été condamné sans jugement.
Au nom des droits de l’homme…
-Vous êtes libre.
Robespierre est mort,
..le régime de la Terreur..
..est terminé.
Venez, venez.
-Général.
Avez-vous des nouvelles..
..de Toussaint Louverture ?
-Corpus Christi.
Corpus Christi.
-Que faites-vous ici, général ?
-Vous faites dire une messe,
il est normal que je sois là.
Ma présence vous étonne ?
-Non.
-Vous me pensiez mort ?
-Moi ?
Et pour quelle raison ?
-Vous avez donné l’ordre
à Biassou de m’assassiner.
-Je n’ai pas
à me faire insulter..
..par un nègre !
-Vous faites une erreur, Hermona.
Il tire.
Cris, brouhaha, fusillade.
-Dessalines !
Arrête.
Marquis, dites partout
ce qu’il en coûte de trahir..
..Toussaint Louverture !
Allez !
-Bonjour, père.
-Votre fille vous parle..
..et vous ne lui répondez pas ?
Pourriez-vous sortir..
..de vos rêves !
-Etes-vous folle ?
-Vous avez failli mourir..
..et vous faites
comme si de rien n’était.
-Si j’ai échappé à la mort,
cela prouve que j’ai un destin.
-Vous parlez
comme ce Toussaint Louverture.
-Vous me faites un compliment.
-Vous êtes comme lui.
Un égoïste avide de pouvoir.
-Commissaire ?
Madame.
-Qu’y a-t-il, général ?
-Dondon, Gros-Morne, Plaisance.
Notre drapeau
flotte sur ces villes.
-Impossible.
Grâce à Toussaint Louverture.
Il a rejoint la République.
-Venez.
Je n’y crois pas, c’est un piège.
-On m’a confirmé ses victoires.
-Il aurait 4 000 hommes ?
-De bons soldats.
Bien entraînés.
-Ce revirement..
..me paraît rapide.
Il pourrait nous trahir.
-Les Espagnols n’aboliront jamais
l’esclavage, il l’a compris.
-Bien.
Dans ce cas, je vais lui faire
connaître ses obligations.
Et la soumission qu’il vous doit.
Tâchez de le voir..
..au plus vite.
Une grille grince, quelqu’un vient.
-Bonjour.
-”Mon cher père.
“Je suis sans nouvelles de toi
depuis que nous avons été séparés.
“Je n’en ai pas davantage de maman.
“Je suis enfermé
à la forteresse de Belle-Ile.
“Mais je garde espoir,
j’aimerais tant te retrouver.”
-Pourquoi sont-ils enfermés ?
Ils n’y sont pour rien, eux.
Je vais lui répondre.
Vous porterez
ma lettre à la poste ?
-Bien sûr.
-Vous êtes moins méchant
que je ne le pensais.
-Je vous remercie.
Pourquoi avoir rallié
les Français ?
-Ils allaient abolir l’esclavage.
Je ne pouvais pas
me tromper de camp.
-Soldat ! Ca va pas !?
-J’espère que ce tir
n’était pas pour nous !
-Non, un accident.
-Je suis honoré, général.
-C’est moi.
Vous avez repris le Cordon Noir..
..aux Espagnols.
-Et Mirebalais.
-Oui, ce que nous avons échoué
à faire pendant des mois.
Sonthonax vous intègre..
..à l’armée française,
voici ses instructions.
-Je n’ai aucun ordre à recevoir
du commissaire Sonthonax.
-A la demande du Directoire,
..Sonthonax a prévu de vous honorer
lors d’une grande réception.
Avec votre famille,
..bien sûr.
-Denis ! Denis !
Denis ?
-Louise, en voilà..
..des manières !
-M. Pasquier ?
-Qu’y a-t-il ?
-Caferalli arrive.
-”Cafarelli”.
Calme-toi, c’est pas le diable.
-Pas encore.
-Vous tutoyez ma fille ?
-Vous me décevez, Pasquier.
Le temps passe..
..et on n’a pas de nouvelles..
..du trésor de Louverture.
-Je commence à gagner sa confiance.
-Vous me l’avez déjà dit !
Supprimez son bois de chauffage
et donnez-lui..
..un seul repas par jour.
-Autant le fusiller.
Il ne survivra pas
longtemps à ce régime.
-Vous le défendez ?
-Il a les poumons malades,
il crache du sang.
-Il vous manipule.
Vous êtes bien trop naïf..
..pour cette mission.
A moins que vous ne cherchiez
à vous approprier le trésor.
-Mon général, mon seul but
est de servir le Premier consul.
-Et d’obtenir un poste
à la préfecture de police, non ?
Vous avez 8 jours
pour faire parler ce nègre.
Sinon, je vous fais muter
dans un trou..
..pire que ce patelin.
-Je ferai de mon mieux.
-C’est ça.
Faites !
Belles pièces.
-Ils sont à Toussaint.
Ils sont à Toussaint, général !
-Au travers
de toutes vos victoires,
..vous avez servi
et glorifié la République.
En vous offrant
cette paire de pistolets,
..le Directoire..
..vous exprime sa reconnaissance..
..et vous élève au grade
de général de division.
-Vive la République !
-Général,
..j’en ai encore en réserve.
Le Directoire
a décidé d’attribuer..
..une bourse à vos enfants
afin qu’ils aillent poursuivre..
..leurs études en France, à Paris,
..au collège de la Marche.
Alors, qu’en dites-vous ?
-Je pense
que c’est une chance pour eux.
J’accepte.
-Monsieur.
-J’irai pas en France,
..il fait trop froid.
-Félicitations, général.
-Merci.
Un orchestre joue un concerto.
-C’est à croire qu’il est
indifférent aux honneurs.
-Il les adore.
Mais il est bien trop fier
pour le montrer.
-Je vais lui parler.
Général,
..puis-je vous voir un instant ?
-Bien sûr.
-Je vous en prie, asseyez-vous.
Général,
..dites-moi,
comment voyez-vous la situation ?
-Les Espagnols sont défaits.
Mais les Anglais sont maîtres
des ports de la côte ouest.
Ca doit être notre priorité.
-J’ai fait la même analyse.
-Mais je manque d’armes.
-Vous les aurez.
Ce qui se passe ici..
..préoccupe le Directoire
et j’ai obtenu un crédit.
-Qu’il autorise aussi..
..le retour des colons blancs.
-Ils rallumeront..
..la guerre civile.
Et vous souhaitez leur retour ?
-Je parle au nom de Saint-Domingue.
Noirs et Blancs
peuvent y vivre en paix.
Vous me prenez pour un idéaliste,
mais vous-même,
..c’est votre idéal républicain..
..qui vous a mené au poteau,
le temps est venu pour vous..
..de retourner en France, non ?
-Louverture, je suis trop jeune
pour prendre ma retraite, non ?
Vous me voyez..
..cultiver mon jardin ?
Non, croyez-moi, ma place est ici.
-En tout cas,
je vous aurai prévenu.
Pourquoi es-tu partie
si vite, Suzanne ?
-Tu aurais pu
me demander mon avis.
-A quel propos ?
-Le départ des enfants.
-C’est une chance..
..pour eux.
A leur retour ici, ils occuperont
les plus hautes fonctions.
-S’il leur arrive quelque chose ?
-Ne t’inquiète pas.
A Paris, leur vie..
..sera plus facile.
-On aurait pu en parler.
Pour les enfants,
on décide ensemble.
-Isaac.
Allez.
-Les Anglais avaient
une armée bien entraînée.
Comment les avez-vous
contraints à négocier ?
-Le général Maitland
avait du bon sens.
Les Anglais avaient perdu
20 000 hommes, il n’avait pas..
..d’autre solution que de signer
un accord de paix.
Plus aucune force étrangère,
..désormais, n’occupait l’île.
Applaudissements.
-Vive Toussaint !
-Vive Toussaint !
-Citoyens de Saint-Domingue,
..je vais faire comme Jésus-Christ,
que l’on adore dans cette église.
Lui a pardonné au nom de son père,
..je pardonnerai
au nom de la République.
Pardonner ceux
qui ont pris le parti des Anglais.
Aider à ce que leurs biens
soient respectés.
Je vais remettre
tous les ouvriers..
..au travail dans les plantations.
Je ferai renaître..
..l’espoir.
-Lequel !?
Celui de transformer
cette île en enfer ?
Vous avez fait de mon fils
un orphelin !
-Je comprends
votre douleur, madame,
..mais vous vous trompez sur moi.
Je vous en prie, asseyez-vous.
Aujourd’hui est le jour du pardon
et de la tolérance.
-Général ?
Prenez-moi à votre service.
Vous avez une grande famille, voici
mes lettres de recommandation.
-Qui es-tu ?
-Mars Plaisir.
-Pour qui travailles-tu ?
-Je suis libre.
Mes maîtres ont fui.
-Et pas toi ?
-Je voulais vous servir.
-Que ferais-je de toi ?
Je suis un militaire.
-Vous serez bientôt gouverneur.
Voilà, je suis votre homme.
Rires.
On vous a sonné ?
-Désolé, je n’ai pas besoin de toi.
Il tousse.
-Avez-vous reçu de l’argent..
..de la part des Anglais ?
-Pas un sou.
A quel titre ?
Toujours ce fameux trésor ?
C’est une obsession.
-Vous ne me faites pas confiance.
-Nous parlerons en échange de bois.
-Tais-toi.
Notre dignité..
..n’est pas à vendre.
M. Pasquier.
Où les Anglais auraient-ils pu
trouver de l’argent à me donner ?
Savez-vous combien
leur a coûté la guerre ?
7 millions de livres.
-Combien ?
-7 millions de livres
et regardez nos plantations !
C’est devenu..
..une friche !
-Normal, il n’y a plus d’esclaves.
-Les colons blancs doivent revenir.
-C’est interdit et Sonthonax..
..y est opposé.
-Peu importe, je le fais
rappeler en France.
-Vous êtes incorrigible.
Pourquoi vous défier de lui ?
-C’est un ambitieux.
-C’est un ami des Noirs, surnommé
même le “fossoyeur des Blancs”.
-Vous vous opposez donc
au retour des colons ?
Vos hommes vont
se retrouver en face des miens.
Désolé, général,
je dois voir la propriétaire..
..de cette plantation, allez !
Quelqu’un joue du clavecin.
-Que faites-vous chez moi ?
-Continuez, c’est beau.
-Victor.
-Allez-y.
-Sortez ou j’appelle.
-Quand votre mari a été tué,
je n’avais pas pris part..
..à la révolte.
-Si !
-J’ai même sauvé la vie..
..de votre frère.
-Vous jouiez double-jeu.
Pour être bien vu
des Noirs et des Blancs.
-Ecoutez.
Je suis général de la République.
Si je viens m’incliner ici,
c’est pour sauver votre plantation.
-Qu’est-ce que
vous pouvez y faire ?
-Je peux la faire remettre en état.
-Vous feriez ça ?
-Moyse.
-Donne-moi du tafia.
-Qu’est-ce qui ne va pas ?
-Toussaint fait revenir
les colons sur les plantations.
Il leur promet
de remettre les Noirs au travail.
Tout redevient comme avant.
-Il ne va pas rétablir l’esclavage.
-Alors pourquoi prendre..
..des planteurs qui se sont battus
avec les Anglais contre nous ?
-Tu veux manger ?
-Oui.
Des chevaux arrivent au galop.
-Que se passe-t-il, Moyse ?
Il est saoul :
-Bienvenue au général Kokoyé !
Noir dehors et blanc dedans !
-Tais-toi !
-Garde tes ordres.
Toi, tu pousses Toussaint
vers les Blancs.
-Moi, qui ai reçu..
..tant de coups de fouet !?
-Arrête.
-Allez-y, je m’occupe de lui.
Reste assis.
Tu te rappelles
ce que je t’ai dit..
..au sujet des femmes
et de l’alcool ?
-Sur l’alcool…
j’ai grandi.
Je fais
ce que je veux maintenant.
Et ne me donne pas de leçon..
..sur les femmes.
-De quoi tu parles ?
-Ah, tu ne sais pas ?
Tu as pourtant vu
ta poule blanche, aujourd’hui.
Retourne..
..faire l’esclave chez Bayon !
-Tais-toi !
-Toussaint, laisse Moyse.
-Qu’il parte.
-Moyse.
Va-t’en, reviens..
..quand tu auras dessoûlé.
-Je m’en vais.
Mais parce que tu me le demandes.
-Touche-le encore une fois
et c’est moi qui pars.
-Tu dors pas ?
-Je pense au vieux nègre
qui meurt de froid..
..dans sa cellule.
Pendant ce temps-là,
je suis ici, avec toi,
..bien au chaud.
Mon travail sert à rien.
Il ne pense qu’à me confier..
..ses lettres, il parle du trésor,
puis juste après, il en rit.
Comme si c’était absurde.
-Donne-lui du bois.
-Je peux pas.
On m’enfermerait à sa place.
-Tant mieux, je viendrais
te voir tous les jours.
-Cette mission
est capitale pour moi.
Ma carrière et ma vie..
..sont en jeu.
-Si on peut plus rigoler…
Allez, viens.
-Allez, Nelson, merci.
Tu as pris des risques..
..en permettant mon retour, merci.
-Si je l’ai fait,
..c’est pour Saint-Domingue,
seuls les anciens planteurs..
..peuvent relancer les moulins.
-Alors, j’exprime ma gratitude
au nom de Saint-Domingue.
Oui, j’oubliais,
tu es général, maintenant.
Que de chemin parcouru.
-Oui, rien n’est plus
comme avant, monsieur.
Allez !
Allez !
-Je ne vous laisserai pas
ranimer la guerre civile.
En laissant revenir Bayon
et les autres, vous m’avez trahi !
-Non, et c’est vous
qui avez incité les Noirs..
..à égorger les Blancs.
-Comment osez-vous ?
-Vous niez ?
C’est pour ça qu’on vous a arrêté
et, sans la chute de Robespierre,
..on vous aurait fusillé.
-C’est à moi que les esclaves
doivent leur liberté.
-Vous avez chassé les colons
pour vous emparer de cette île !
-Personne croira ces divagations.
Les Noirs m’écouteront.
Je leur dirai
que vous réhabilitez l’esclavage.
-Vous n’aurez pas le temps
de répandre vos mensonges.
-Laissez-moi faire mes malles.
-Faites vite.
Je ne garantis pas votre sécurité
si vous manquez..
..le bateau.
Faut-il prévenir Mme Sonthonax ?
-C’est inutile.
Elle m’a quitté.
-Vous auriez dû
aller cultiver votre jardin.
Vous avez tout perdu.
-Vous aussi, Toussaint.
Un jour, vous perdrez tout.
-A partir de ce jour,
..nous sommes maîtres
de notre destinée.
Que fait-il là, celui-là ?
-Il dit que tu l’as embauché.
-Non.
L’ami, je n’ai pas..
..besoin de toi.
-Et qui va s’occuper
du linge de madame ?
Vous, général ?
-Je ne peux pas te payer.
-Travailler pour vous est
un honneur, ce sera mon salaire.
Mais il faudra procéder
à quelques aménagements.
J’ai des idées..
..à vous soumettre.
-Tu sais lire et écrire ?
-Je lis, j’écris le latin, le grec.
Et quand j’ai un peu de temps,
je m’essaie à la poésie.
-Bien, laisse le linge.
Tu es mon secrétaire.
-Oh, merci, général.
Merci.
-”Toussaint Louverture, général
de l’armée de Saint-Domingue..
“..au citoyen Bonaparte.
“Premier consul..
“..de la République française.
“Le 12 février 1803.
“C’est ma 15e lettre..
..sans réponse.”
-Combien ?
-”C’est ma 17e lettre sans réponse.
“Pourquoi ?”
-Bonjour.
-Vous avez une lettre pour moi ?
-Il n’y aura plus..
..de courrier.
On vous confisque
la plume, le papier et vos livres.
-Lire et écrire étaient
les derniers plaisirs du général.
Vous le tuez.
-Général,
..donnez-moi de quoi
faire patienter Bonaparte.
-Du sang-froid.
Je vous révèlerai tout
ce que vous voulez savoir..
..le moment venu.
-J’ai votre parole d’officier ?
-Je ne suis plus officier,
..je vous donne ma parole d’homme.
Elle a autant de valeur.
Coup de fusil.
Suzanne, ça va ?
-J’ai cru qu’ils allaient te tuer.
Quelqu’un entre.
-Madame est blessée ?
-Non.
-Vous êtes sûr ?
-Ca va !
-Bien.
-Tu as trop d’ennemis.
C’est plus possible.
-C’est
une plantation superbe, Toussaint.
-Merci.
Quelles sont
les nouvelles de Paris ?
-Les royalistes
reprennent du poil de la bête.
Sonthonax médit
sur vous à la Chambre,
..mais Bonaparte le déteste.
-Tant mieux.
-Ceci dit, le Premier consul
vous met dans le même sac que lui.
Pour être franc, Bonaparte pense
que vous avez trop de pouvoir.
-Il ne supporte pas
qu’un Noir ait du pouvoir.
Nous voterons bientôt pour
nos représentants à l’Assemblée.
Présentez-vous.
-Moi ?
Je suis un militaire,
pas un politique.
-Faites-vous élire à Paris,
soyez l’avocat de notre cause.
Etienne,
..l’ami sincère des Noirs,
c’est vous.
-Vous ne chercheriez pas
à vous débarrasser de moi ?
Vous avez déjà renvoyé Sonthonax.
-Non.
Votre place est à Paris.
Puis j’ai besoin de quelqu’un
pour veiller sur mes fils.
J’ai peur qu’on les enlève.
-Bien, je vais rentrer à Paris.
Mais je ne serai plus là
pour vous protéger.
-Quelles sont vos craintes ?
-Rigaud et les mulâtres,
ils ont juré de vous abattre.
-Ils ont failli réussir.
Vous en êtes sûr ?
-Oui.
Un officier anglais qui a combattu
à ses côtés me l’a dit.
Ah…
Madame Louverture.
-Je reconnais là
vos vilaines manières.
-La prochaine fois,
..si vous voulez me tuer,
..prenez des bons tireurs.
-Vos accusations sont graves.
-Et fondées.
Expliquez-vous.
-Dehors, nègre !
-Dessalines !
Acceptez-vous mon commandement ?
-Non.
-Alors, vous êtes
l’ennemi de la République.
-Je n’obéis qu’à ma race,
la France aux Blancs,
..la Guinée aux nègres
et Saint-Domingue aux mulâtres.
-Alors, c’est la guerre, Rigaud.
-Je t’attends, Toussaint.
-”Toussaint Louverture, général
de l’armée de Saint-Domingue,
“..au Premier consul,
“..salut.”
-On écrit à Bonaparte ?
-J’écris à Bonaparte,
toi, tu es mon porte-plume.
-Je l’ai rencontré lorsque j’étais
au service de Mme de Merteuil.
Il revenait de la campagne d’Italie
tout couvert de gloire.
Très impressionnant.
-Plus que moi ?
-Non, ça, non.
-Relis-moi le début.
“Toussaint Louverture,
..au Premier consul, salut.”
-Ca fait trop romain.
Je veux pas qu’il pense
que je m’aplatis devant lui.
On recommence.
“Du Premier des Noirs..
“..au Premier des Blancs.”
-”Du Premier des Noirs au Premier..
“..des Blancs.”
-”Citoyen consul,
je tiens à vous faire savoir..
“..que le Gal Rigaud,
“..chef des mulâtres,
m’a déclaré la guerre.”
-J’aime bien,
ce sont de belles bêtes.
-On a été au marché, hier.
-Il doit avoir faim.
-Qui ?
-Votre Africain.
Portez-lui ça.
C’est que des bonnes choses.
-Pourquoi vous faites ça ?
-C’est pas humain..
..de laisser souffrir les gens.
Quel nom il porte, votre Africain ?
-Toussaint Louverture.
-Sonthonax et Laveaux
étaient rentrés en France.
Rigaud était presque vaincu,
..la voie était libre.
-Rigaud. Avec lui, j’aurais gagné,
mais il avait la haine des Noirs.
-Il semble que le destin ait décidé
de vous réunir, il est arrivé hier.
-Rigaud est ici ?
-Enfermé dans une cellule..
..pire que la vôtre.
Vous devez être content.
-Non.
Sans lui,
je n’aurais pas battu les Anglais.
Pauvre Rigaud.
La rancune de Bonaparte..
..est sans limites.
-Le Premier consul ne vous a jamais
considéré comme un ennemi.
Mais votre action, pour lui,
était contraire..
..aux intérêts de la France.
Poursuivez,
que s’est-il passé ensuite ?
-J’ai pris mes quartiers au Cap,
dans la résidence des gouverneurs.
J’ai quitté ma maison,
abandonné ma femme.
-Abandonné ?
Mais vous l’aimiez à la folie.
-Elle n’a pas voulu me suivre.
Suzanne, viens avec moi.
-N’insiste pas.
Tu ne vas pas rester ici seule ?
-Qu’irais-je faire..
..en ville ?
Ma place est dans nos champs.
-Tu n’y seras pas en sécurité.
-La voiture est prête.
Madame ne vient pas ?
-Non.
-Vous allez rester..
..dans ce trou ?
-Laisse-la.
-Pardon, mon général.
-Arrête avec tes “général”.
-Oui, général.
-Chérie.
Viens, j’ai besoin de toi.
-Allez, vas-y.
Ne te mets pas en retard.
-Je vous l’avais dit, général,
que vous deviendriez gouverneur.
Cette demeure est magnifique.
Quel dommage pour madame !
-Tu ne vas pas remettre ça ?
Quelqu’un frappe.
Oui ?
-Le général Laveaux
est de retour de France.
-Déjà ? Qu’il entre.
Général.
-Bonjour, Toussaint.
-Très heureux.
-J’en doute.
Mais je fais l’aller-retour.
-Mars, tu peux nous laisser seuls ?
-Comment vont mes fils ?
-Très bien.
Ils sont sous la protection
du Premier consul.
-C’est lui qui vous envoie ?
-Plus ou moins, oui.
-On parle de lois
pour les colonies,
..il veut rétablir l’esclavage ?
-Au contraire.
La preuve,
il vous confirme dans votre grade.
-J’espère,
pourquoi m’aurait-il dégradé..
..après tous les services
que j’ai rendus ?
Qui est-il pour me dégrader
ou me promouvoir comme il veut ?
-Où en êtes-vous avec Rigaud ?
Cette guerre qui n’en finit pas
inquiète beaucoup Bonaparte.
-J’attends sa reddition.
-Oui.
Vous l’attendez depuis des mois.
-Vous avez fait mieux
avec les Espagnols..
..ou avec les Anglais ?
-Vous êtes bien agressif.
-C’est vous qui m’agressez.
Rassurez-vous, vous finirez
premier maréchal de Bonaparte.
-Je sers simplement..
..de médiateur entre vous.
A ce propos, permettez-moi
d’aller offrir..
..à Rigaud le rameau de la paix.
-Pourquoi me demander la permission
si c’est un ordre de Bonaparte ?
Allez-y.
Je vous raccompagne.
Combien de tonnes de sucre,
cette semaine ?
-3 tonnes.
-Ce n’est pas assez.
-Sale chien !
-Ca suffit !
-Toussaint, tu fais..
..comme les Blancs d’avant.
-Non, ils sont payés.
-Mais pas libres ! Je regrette
de m’être battu avec toi.
Il faut tuer les Blancs.
-On a besoin d’eux, imbécile.
-Ne m’insulte pas.
Tu te crois supérieur à moi ?
-Oui, et tu me dois le respect !
Tais-toi ou je te fais arrêter.
-Je dois le respect à mon peuple,
ta guerre n’est plus la mienne.
Allez, allez !
Allez !
-Bonjour, général.
-Si c’est Louverture qui
vous envoie, je n’ai pas le temps.
-Non, c’est Bonaparte.
-Bonaparte ?
Nous savons quelle considération
il a pour les mulâtres.
Nous aidera-t-il
à reprendre le pouvoir aux nègres ?
-Grâce à vous et à Louverture,
Saint-Domingue est française.
Pourquoi vous entretuer ?
-Vous n’avez pas répondu
à ma question.
-Bonaparte a confirmé Louverture
dans son grade de général en chef..
..de toutes les armées.
-Vous mentez.
Il ne ferait jamais ça.
-Lisez.
-Comment ça se passe, ici ?
-Ca va.
On est toujours sans nouvelles
de Placide et Isaac ?
Ils n’ont pas écrit une lettre,
tu trouves ça normal ?
-Ils doivent profiter
des plaisirs de Paris.
-Bonaparte doit retenir
leur courrier, il nous déteste.
-Le Premier consul a sûrement
d’autres chats à fouetter.
-J’ignore de quoi s’occupe
le Premier consul et je m’en moque.
Ce que je vois,
..c’est que toi, tu t’occupes
du peuple et moi, je suis seule.
-Pardonne-moi, mon amour.
Si tu voulais…
-Quoi ?
-Si tu voulais, on pourrait être
à nouveau ensemble, comme avant.
Viens vivre avec moi.
-Je suis fatiguée, je rentre.
Un orchestre joue une valse.
-MONSIEUR LE GOUVERNEUR.
-Veille à ce que tout soit parfait.
-Bien.
-M. le gouverneur.
-M. le gouverneur.
-Magnifique réception.
-C’est pour fêter votre retour.
-Puis-je vous parler à l’abri..
..des oreilles indiscrètes ?
-Venez.
-J’ai reçu une lettre de Bonaparte.
-Bien, il ne m’écrit pas à moi.
-Il a été très choqué
par votre dernière lettre.
“Du Premier des Noirs…”
Il a trouvé cela arrogant.
-C’est à croire que je ne suis pas
gouverneur de Saint-Domingue.
-A ses yeux, vous ne l’êtes pas.
Votre puissance..
..lui fait peur.
-Et moi,
..c’est son décret.
Nous ferons nos lois nous-mêmes.
-Je ne vous suis pas.
-J’ai décidé de doter
Saint-Domingue d’une constitution.
-Vous n’obtiendrez pas
votre indépendance.
-Ai-je dit cela ?
Je ne veux pas me séparer
de la France, venez voir.
Bonaparte a raison, la France..
..est trop loin de Saint-Domingue.
Il nous faut des lois adaptées.
-Renoncez..
..ou, pour Bonaparte,
ce sera la guerre.
-Mais je ne veux..
..que la paix, mon ami.
Tu es venue, chérie.
-Je me sens comme une étrangère.
-Tu es ici chez toi.
-Personne ne m’a saluée.
-Bonjour, général.
Je me suis décidée
à être des vôtres.
-Je suis très honoré.
-Apporte-moi de l’eau.
-Suzanne est ma femme.
-Oh, pardon.
-Non, ça va.
Vous l’ignoriez.
-Nous nous sommes..
..déjà vues,
..il y a longtemps.
-Je ne m’en souviens pas, madame.
-Je venais vous remercier..
..pour votre aide.
-Je vous en prie.
-Et si j’osais, je voudrais aussi
un parrain pour Thibault.
Accepteriez-vous ?
-Moi ? C’est impossible.
-Monsieur…
-Non. Je suis noir,
avant d’être gouverneur.
Vous voyez ?
Madame.
Messieurs,
jouez pour ma femme et moi.
-Bien, monsieur.
-Tu viens vivre avec moi ?
-J’ai confié la plantation
à un commandeur.
-Mon amour.
Une porte claque.
-Arrêtez, Toussaint !
Vous allez gâcher tout ce que
vous avez réussi à construire.
-Je ne peux arrêter..
..cet attelage au galop.
Vous qui êtes dans
les bonnes grâces de Bonaparte,
..faites-lui ratifier ce texte.
-Mais l’article 77 stipule
que cette constitution..
..s’applique déjà.
-Il y a urgence.
On ne peut pas
attendre 6 mois de plus.
Mais il faut l’en informer.
-Je ne me ferai jamais..
..le messager d’un tel brûlot.
-Général.
C’est un ordre
qui émane d’un gouverneur.
Refusez et vous serez
mis aux arrêts.
-Essayez seulement.
Je vous protègerai..
..contre vous-même !
-Laissez-le !
-C’est un bonapartiste !
Qu’il rentre en France !
-Je suis votre ami, Toussaint.
Votre seul ami.
-Ne m’en veuillez pas.
Je place l’avenir de mon pays
au-dessus de notre amitié.
-Vous finirez seul.
Seul et abandonné de tous.
-Qu’est-ce qui se passe ?
-Le nord est en feu,
des ouvriers..
..et des soldats tuent des Blancs.
-Quels soldats ?
-Ceux de Moyse.
-Ce n’est pas possible.
-Tu ne sais plus comment les gens..
..vivent autour de toi.
Moyse a changé,
tu ne t’en es même pas..
..rendu compte.
-Il y a beaucoup de morts ?
-Oui.
Et Bayon en fait partie.
-Bayon est mort ?
-Oui.
-Et sa soeur, Catherine Delambre ?
-Je ne sais pas.
-Partons.
Va me chercher les hommes..
..qui ont fait ça.
-A tes ordres, Toussaint.
-Allez !
C’est Moyse ?
Fusillez ces traîtres.
-Toussaint…
-C’est un ordre.
-Soldats !
A mon commandement !
Armez !
En joue !
Feu !
-”Moyse, je t’ai aimé..
“..comme mon fils.”
Non, corrige.
“Comme un fils.
“Je t’ai élevé
dans la vertu et la probité.
Quelqu’un vient.
“Mais, hélas…”
-Nous avons arrêté Moyse.
-Où est-il ?
-Dehors.
-Je vais convoquer
un tribunal militaire.
-Non.
Juge-le, toi.
Il le faut ou ce sera
à nouveau la guerre civile.
Tu dois faire un exemple..
..avant d’avoir sur les mains
le sang de milliers de Blancs.
Les ouvriers le soutiennent,
ils t’insultent, ils t’accusent..
..de trahison.
-Va le chercher.
Coup de tonnerre.
-Ah !
-Parle, Moyse.
-Je n’ai rien à dire.
-Est-ce que tu es responsable
des massacres ?
-Je ne parlerai pas
avec des chaînes.
Je ne suis pas ton esclave !
-Je t’écoute.
-Oui, j’ai tué nos ennemis,
les planteurs.
Oui, j’ai tué des Blancs et
je continuerai jusqu’au dernier !
-Ta guerre ne profite à personne.
-Et la tienne a tué nos frères !
Tu es un traître.
-Arrête !
Tu vas trop loin.
Cette fois, c’est le peloton.
-Je ne serai pas l’ami des Blancs
qui ont violé et tué ma mère.
Ta propre soeur.
-Tais-toi !
-Tu la violes et tu la tues..
..une seconde fois.
-Je voulais te laisser une chance
de retrouver la raison.
Et de rentrer dans le rang.
-Enfermez-le !
Coup de tonnerre.
Il prie en créole.
J’ai droit à un procès militaire !
-Tu es le chef de la conspiration,
Toussaint te condamne à mort.
-Tu mens !
Mais tu es bien content, hein ?
La place est bonne.
Tu baiseras le cul de ton maître !
-Ne fais pas le malin.
Ou tu n’assisteras pas
à ton exécution.
Suzanne crie :
-Je veux le voir !
Dégagez !
-Laisse-la passer !
-Moyse…
Quelqu’un entre.
C’est pas Moyse, tout ça.
-C’est Dieu qui commande
comme il a commandé à Abraham.
-Dieu n’a pas permis à Abraham,
il a retenu son bras.
-Si Moyse est innocent,
Dieu le sauvera.
-Tu as toujours pardonné,
même à tes pires ennemis.
-Moyse est allé trop loin.
-Réveille-toi, Toussaint.
-Je peux lui pardonner,
mais je ne peux pas le sauver.
-Peloton !
Feu !
Feu !!
Toussaint :
-Après la mort de Moyse,
..j’ai perdu Suzanne pour toujours.
Elle est repartie à la plantation,
je suis devenu fou de chagrin.
-Et Bonaparte, fou de rage.
Pour lui, votre constitution
était un acte d’indépendance.
-Non, si j’avais déclaré..
..l’indépendance,
j’aurais coupé tout contact..
..avec la France.
-”Est nommé gouverneur..
“..Toussaint Louverture
pour le reste de sa glorieuse vie.”
-Bonaparte aussi a été nommé
consul à vie.
-Pour que la France
retrouve son unité.
-Pourquoi ce qui est permis..
..avec le Blanc
ne le serait pas avec le Noir ?
-Car il y a un aigle de trop,
..je suppose.
-C’est ce que j’ai pensé en voyant
les 20 000 hommes de Bonaparte,
..emmenés par le général Leclerc,
..son beau-frère.
C’est la France entière
qui vient à Saint-Domingue.
Laveaux, vous êtes là.
Quelles sont les nouvelles ?
-Le général Leclerc est arrivé.
Vos enfants sont là,
ils vont vous être rendus.
Ils sont porteurs
d’une lettre de Bonaparte.
-Alors, pourquoi cette armée ?
-Vous auriez dû m’écouter.
Votre constitution a été rejetée.
-Alors, nous nous battrons.
-Oui.
C’est inévitable.
-Oublie ton sens du devoir,
rallie-toi à moi.
-C’est trop tard.
-Alors, adieu, Etienne.
-Adieu, Toussaint.
-Le Général Cafarelli..
..vient d’arriver.
Nous devons vous retirer..
..votre serviteur.
Je suis désolé.
-Si vous avez du coeur,
..laissez-nous seuls un moment,
le temps de nous dire adieu.
-Allez-y.
Et ne traînez pas.
-Adieu, général.
Chaque jour, je prierai pour vous.
Je vous ai tellement admiré.
-Ne sois pas sentimental,
..Mars Plaisir.
Regarde où ton dévouement..
..t’a conduit.
Tu sors enfin de cet enfer,
une nouvelle vie commence pour toi.
-Vous croyez ?
-Oui.
Adieu,
..mon fidèle serviteur et ami.
Et ne sois pas trop bavard.
-Soyez sans crainte, Toussaint.
Je n’ouvrirai ma bouche
que pour manger.
-C’est la première fois
que tu m’appelles Toussaint,
..l’heure est grave.
-Dépêchons.
-Adieu, général.
-Mars Plaisir,
parle-moi de ce trésor.
-J’en sais pas plus, général.
J’ai fouillé les affaires
de mon maître,
..j’ai veillé pour l’écouter
parler dans son sommeil, mais rien.
-Tu en es certain ?
Réfléchis bien.
-Oui, j’ai un don pour percer
les secrets les mieux gardés.
Vous savez ce que je pense ?
Il n’y a pas..
..de trésor.
-Ce serait une très mauvaise
nouvelle pour le Premier consul.
-Général, j’ai fait tout
ce qu’on m’a demandé.
Pour vous être agréable.
Et car M. Pasquier m’a promis
que mon maître serait relâché.
Maintenant que je suis libre,
..vous allez le libérer lui aussi ?
-Je n’ai qu’une parole.
Il te suivra de très près.
-Mon maître est bon, généreux.
Tout ce qu’il a fait,
c’est pour son pays.
Pourquoi s’arrête-t-on ?
-Tu es libre.
Mais oui, tu es libre.
Il tape au carreau.
Il sanglote.
Il crie de chagrin.
-Les Français débarquent
à Port-Dauphin, St-Nicolas..
..et Gonaïves,
on ne peut pas les en empêcher.
-Regroupons-nous..
..sur le plateau central.
Mais avant, je dois récupérer
mes enfants et la lettre.
-J’aimerais éventrer ce chien.
-Arrête, tu ne penses qu’à tuer.
Jamais à planter, à faire pousser.
On peut encore éviter la guerre.
-Quand récupères-tu..
..tes enfants ?
-Ce soir, au port.
-Nous venons.
-Non.
Ils veulent peut-être nous attirer
tous dans un guet-apens.
Mes enfants, regardez-vous,
vous avez grandi !
Aussi forts que moi !
-Non, papa, tu es le plus fort !
Allez, venez avec moi, montez.
Mars, je te présente mes fils.
-Ce sont de beaux garçons.
Ils vous ressemblent.
-N’exagère pas.
-Tu vis ici ?
-Oui, mon fils.
-Et maman n’est pas là ?
-Elle est à la plantation.
Vous la verrez demain.
-Hm, hm ! Madame est là.
-Isaac, Placide.
-MAMAN !
Elle pleure.
-Mon Dieu…
Merci, mon Dieu.
Vous êtes maigres.
-Non, nous n’avons manqué de rien.
-Mais le voyage fut long.
-Je suis content que tu sois là.
-Remercie ton ami Laveaux,
c’est lui qui m’a prévenue.
-Bon, ne restons pas là.
-Et ce Bonaparte ?
-Nous l’avons rencontré.
-Oui.
Il nous a offert..
..un uniforme et des pistolets.
-Comment est-il ?
-C’est un grand homme.
Partout, les gens l’acclament.
-Tu l’admires ?
-Oh oui.
-Isaac aime..
..ce qui brille.
-Allons.
C’est le jour de nos retrouvailles,
pas de dispute.
-Placide,
..la lettre.
-”Général, nous vous envoyons
le général Leclerc..
“..pour faire respecter
notre souveraineté à St-Domingue.
“Si vous manifestiez..
“..une conduite inconciliable…”
-Il me parle comme à un enfant.
-”Elle contribuerait..
“..au malheur de ces braves Noirs
dont nous aimons le courage.”
-Pour qui se prend ce ruffian ?
-C’est le maître de la France.
-Et moi, de St-Domingue !
-C’est la guerre ?
-Oui, mon fils !
-Je me battrai..
..à tes côtés.
-Et toi, Isaac ?
-Ils n’iront nulle part.
Surtout pas..
..se faire tuer.
-Je ne prendrai parti
ni contre la France, ni contre toi.
-C’est ton choix, je le respecte.
Placide, tu vas intégrer
ma garde personnelle.
-Non, je ne veux pas
le voir mourir..
..comme j’ai vu mourir Moyse.
-Moyse est mort ?
-Oui.
-Mais comment ?
-Il est mort en héros.
-Le Gal Rochambeau
s’est emparé de Fort-Liberté..
..et a tué les prisonniers.
-Brûlez les plantations,
..empoisonnez..
..les rivières !
On va tendre..
..un piège à Leclerc.
Au fort..
..de la Crête-à-Pierrot.
-Ils sont plus nombreux.
-Toujours défaitiste.
-Nombreux oui,
..mais la fièvre jaune
rétablira l’équilibre.
-Quel climat détestable !
La fièvre ne m’a pas quitté.
Où est cette Crête-à-Pierrot ?
-C’est un ancien fort consolidé.
Il y a amassé des canons.
C’est ici.
-C’est donc là..
..qu’il cache son trésor ?
-Ca, je n’en sais rien.
Je n’ai jamais vu Toussaint
étaler ses richesses.
-Général, vous êtes bien naïf.
Il a forcément amassé une fortune
après ces années de règne.
-La rumeur est plus difficile
à combattre qu’une armée..
..de dix bataillons.
-Vous l’admirez, n’est-ce pas ?
-Eh bien oui.
Oui, je l’avoue.
Avec le Premier consul,
il est l’homme..
..le plus extraordinaire
que j’ai rencontré.
-Et vous n’avez pas
l’impression de le trahir ?
-Une force étrange
s’est emparée de lui.
Une force que rien ni personne..
..ne peut raisonner.
-Il serait possédé par un esprit..
..comme lors de ces rituels…
-Vaudous ?
Non, ce serait trop simple.
L’homme est plus complexe.
-Quelle que soit cette force
qui s’est emparée de lui,
..il ne résistera pas
au feu de nos canons.
-Artilleurs, à vos postes !
Mise à feu !
-La bataille de la Crête-à-Pierrot
a été terrible.
Sans vainqueurs ni perdants.
Mais l’armée de Leclerc a perdu
plus d’hommes que la mienne.
Mes hommes savaient
pourquoi ils se battaient.
Ils se battaient pour la liberté.
Bonaparte continua d’envoyer
des renforts à Leclerc.
J’étais las..
..et fatigué.
Pour la 1re fois de ma vie,
..je commençais à douter.
Leclerc :
-”A Bonaparte, Premier consul.
“Et cher beau-frère.
“J’ai le sentiment de combattre
pour une cause perdue.
“Nous sommes plus nombreux
et mieux armés,
“..mais chaque jour,
nos pertes augmentent.
“Cette guerre ne pourra point
connaître d’issue militaire.
“Pour abattre Louverture, il nous
faudra manquer aux principes..
“..que nous défendons..
“..et utiliser
la traîtrise et la ruse.”
-Alors ?
-Des troupes
ont débarqué à St-Marc.
-Leclerc fait courir
le bruit de ta reddition.
-Plusieurs de nos généraux..
..l’ont cru..
..et se sont ralliés.
-Rallions-nous.
-Plutôt mourir.
-Qu’en dis-tu ?
-Je suis fatigué de me cacher.
-Toussaint, il faut regrouper
nos soldats et armer..
..les paysans.
-A quoi bon ?
-Gagner !
-Ca suffit.
Vous allez vous rallier
sous certaines conditions.
Allez.
-Tu veux qu’on trahisse ?
-Non, vous poursuivrez..
..ce que j’ai commencé,
et bientôt,
..vous serez maîtres
de St-Domingue.
-Et toi, que feras-tu ?
-Général, vous me direz
comment aménager la résidence.
-C’était donc son bureau ?
-Vous vous attendiez à une case ?
-Je vous en prie.
-Par ici, le salon privé.
-Que se passe-t-il ?
-Louverture vient pour se rendre.
-Pour se rendre ?
Baissez vos armes !
Bonaparte sera ravi d’apprendre
que vous vous soumettez..
..à mon commandement.
-A une condition.
-Laquelle ?
-Que mes officiers..
..conservent leur grade..
..et leurs régiments.
-J’accepte.
Et vous, général ?
Que ferez-vous ?
-Je veux retourner vivre
sur ma plantation avec ma famille.
-Bien.
J’espère que ce ralliement..
..est sincère.
En attendant, je vous propose
de dîner, ce soir, pour sceller..
..ce moment historique.
Toussaint a du mal à respirer.
-Ca suffit.
Allez me chercher du bois
et un médecin.
-Et les ordres ?
-Obéissez !
-Son coeur est faible,
il respire mal.
-Que pouvez-vous faire ?
-Rien, je suis vétérinaire.
-Vétérinaire ?
-Je vais lui faire..
..une saignée.
-Non, surtout pas, merci.
Tenez, pour votre dérangement.
-Merci.
-Gustave, raccompagnez monsieur.
-Pourquoi faites-vous
tout ça pour moi ?
-J’ai l’ordre
de vous garder en vie.
-Vous êtes un honnête homme,
Pasquier.
Pas comme ce traître de Leclerc.
-Que s’est-il passé ?
-Il m’a fait l’honneur de me
recevoir à un somptueux dîner.
Il m’a laissé rentrer chez moi.
Deux jours plus tard,
il a renié sa parole.
Ils ont retourné..
..la tombe de ma soeur
où j’avais soi-disant..
..caché mon trésor.
Mon trésor…
Un charognard, ce Leclerc.
-Si cela peut vous consoler,
..sachez qu’il est mort.
Son corps a été ramené en France
au début de ce mois.
-Leclerc est mort ?
-La fièvre jaune, votre complice,
..l’a emporté.
-Quelques jours plus tard, Leclerc
a donné l’ordre de m’arrêter..
..avec ma famille.
Nous avons été déportés
pour la France..
..à bord du “Héros”.
En me renversant,
on n’a abattu que le tronc..
..de la liberté des Noirs !
Il repoussera par les racines..
..car elles sont profondes
et nombreuses !
-Où est-ce qu’ils nous emmènent ?
-Je ne sais pas, mon amour.
Je ne sais pas.
Pour la première fois de ma vie,
je n’étais plus maître de rien.
Pas même de mon destin.
On m’a enlevé..
..Suzanne, Isaac,
..Placide.
-Ne dites plus rien, reposez-vous.
-Non…
Pas avant de vous avoir dit..
..où se trouve mon trésor.
-Je veux pas que tu t’en ailles.
-Viens.
Viens.
Je reviendrai.
Je te le promets.
-Tu le jures ?
-Je t’emmènerai à Paris.
-A Paris, pff !
-Ne gâchons pas
notre dernière nuit.
Elle rit.
Quelqu’un arrive
en courant et entre.
-Il est mort !
-Qui ?
-Votre Africain.
Gustave est venu me le dire.
-Mais…
-Faites, au moins,
..qu’il soit enterré
dans la dignité.
-On va vous regretter,
surtout Louise.
Faudra pas..
..nous oublier, même si
une promotion vous attend..
..à Paris.
-J’ai refusé ma promotion.
C’est à cause de “votre Africain”,
..comme vous dites.
Pour moi,
..c’est Toussaint Louverture.
-Vous l’admirez, hm ?
-C’est un grand homme et je refuse
de devoir mon avancement à sa mort.
Adieu.
-Vous allez où,
..alors ?
Va lui dire au revoir.
Quelqu’un creuse dans la terre.
-Vous êtes sûr de l’endroit ?
-Aucun doute.
C’est l’endroit que m’a décrit
le général Louverture.
-Appelez-le Toussaint Bréda.
-Je ne suis plus militaire.
Je continuerai à nommer le général
Louverture par son grade.
-Il y a quelque chose.
-Brisez la serrure.
-Tenez, capitaine.
-C’est ça, le trésor ?
Pasquier :
-Le trésor de Toussaint Louverture,
..c’était cette flamme
qu’il avait allumée..
..en triomphant
des grandes puissances coloniales.
Un an plus tard,
le général Dessalines..
..proclama l’indépendance d’Haïti,
le 1er janvier 1804.
-Voilà pour ce très beau film
en deux volets,
..de Philippe Niang
produit par France Zobda.
France Zobda,
..qui s’est battue pendant sept ans
pour mener à bien ce projet,
..avec l’appui
de France Télévisions,
..pour qu’on puisse voir ce film.
“Toussaint-Louverture”,
c’est d’abord le parcours..
..d’un homme exceptionnel.
Et c’est le destin d’un peuple,
qui va conquérir son indépendance,
..et créer en Haïti..
..la première République noire.
C’est aussi l’histoire
de l’esclavage,
..ce crime contre l’humanité,
perpétré contre le peuple noir,
..durant 4 siècles.
On va revenir sur tous ces points.
On va le faire avec les acteurs..
..du film.
Avec Jimmy Jean-Louis,
..qui incarne Toussaint-Louverture,
qui vient d’Haïti.
Avec Sonia Rolland,
..qui incarne la femme
du commissaire Sonthonax,
..qui a aboli l’esclavage,
..pour des raisons
peut-être un peu tactiques.
Et on aura Marcel Dorigny,
..l’un des meilleurs..
..connaisseurs de la question..

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