The Eddy Duchin Story 1956 French Français

Posted by on June 26, 2012

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Journal ! Journal !
Lindbergh le Chanceux a réussi !
Edition spéciale ! Lisez les nouvelles.
M. l’agent, excusez-moi.
Où se trouve le Casino Central Park ?
Tout droit. Vous y êtes.
– Merci.
– Avec deux sandwiches au jambon.
Le Chanceux !
Lisez les nouvelles.
Lindbergh le Chanceux a réussi !
Bonjour, Mlle Oelrichs.
Je reviens tout de suite.
Ça doit être quelqu’un d’important.
J’en ai pris une, une fois.
J’ai un ami qui a la même…
un peu amochée.
Des traces de balles par-ci par-là.
Il l’a héritée d’un gangster.
Pas une mauvaise voiture.
LEO REISMAN ET SON ORCHESTRE
Une clé en or ! Pourquoi ?
À quoi peut servir une clé ?
Pour une serrure, figurez-vous.
Venez m’aider, voulez-vous ?
Edouard.
Je serai placée entre le colonel
Rutherford et le prince Kaminsky…
les deux plus grands raseurs
de New York.
Philip, je pense exiler le prince
en bout de table.
Oui, Mlle Oelrichs.
– De quoi s’agit-il ?
– Je cherchais M. Leo Reisman.
– Je suis de l’orchestre.
– À l’arrière.
– Merci bien.
– Passez donc par les coulisses.
Les coulisses.
Je les trouverai. Merci.
Le bureau de M. Reisman ?
M. Reisman ?
Merci.
– Souhaitez ?
– Bonjour, M. Sherwood.
– Bonjour.
– Oh, M. Reisman.
– Oui ?
– Je suis Eddy Duchin.
Mais oui, je vous reconnais.
Tu te souviens, Leo. L’été dernier ?
On était perdus. Il pleuvait.
– Les Berkshires ?
– Oh, oui, bien sûr. Entrez.
Vous m’avez fait peur.
Je me souviens. Vous m’avez
prêté votre imperméable.
– J’ai presque oublié de vous le rendre.
– Je jouais du piano.
Très juste.
Beaucoup de piano.
Sacré orchestre que vous aviez.
Il n’est pas permis d’être si mauvais,
même pour de l’argent.
C’étaient des étudiants gagnant
un peu d’argent de poche.
– Ils n’étaient pas professionnels.
– Que faites-vous à New York ?
Videz les poches, Lou.
– Quoi ?
– À New York.
– Je suis venu de Boston lorsque…
– Jimmy Walker vient ce soir.
– Superbe.
– Le maire ?
C’est son endroit préféré.
Vous ne connaissez pas le Casino ?
Toute la haute société s’y réunit.
C’est un cadeau de Mme Vanderbilt.
M. Reisman a joué au bal
de débutante de sa fille.
– Oui, je sais…
– La pince à billets vient de…
On dirait un commissaire-priseur.
Duchin va vouloir quitter
ses études et devenir musicien.
– C’est exactement ce que…
– Où étudiez-vous ?
Je suis diplômé.
Je vous l’avais dit.
L’Institut Pharmaceutique
du Massachusetts.
Oh, oui, bien sûr. Je me souviens.
Vous allez être apothicaire
à New York.
Les drugstores rapportent bien
si vous faites de bonnes glaces.
Je ne serai pas pharmacien.
J’ai décidé d’accepter l’offre
de M. Reisman.
– Mon offre ?
– Être pianiste dans votre orchestre.
C’est pour ça que je suis ici.
Je ne vous ai pas offert du travail.
– Quoi ?
– Je ne vous ai pas offert du travail.
Je vous ai dit que j’aimais
votre façon de jouer…
mais sans plus.
Et vous m’avez dit…
de venir à New York.
Ce que M. Reisman a dit, est de venir
dire bonjour si vous étiez de passage.
Il m’a aussi dit que j’avais
un style très personnel.
J’ai un pianiste depuis des années.
Mais je suis ici.
Je ne peux pas rentrer.
Pourquoi pas ?
Je… ne peux pas rentrer.
C’était déjà dur de partir.
Ils ne voulaient pas que vous partiez ?
M. Reisman,
quand un pauvre petit tailleur…
repasse des pantalons
et travaille d’arrache-pied…
pour que son fils fasse des études
et ait une chance…
ce n’est pas facile
de lâcher ce rêve.
Ils ne voulaient pas
que je devienne musicien…
ils voulaient que je reste
et sois pharmacien…
un membre respecté
de notre communauté.
– Ce n’est pas si mal.
– Mais pas ce que je veux.
Je ne peux pas rentrer.
J’ai coupé la corde.
Eddy, votre père a peut-être raison.
Restez en contact, d’accord ?
Je suis désolé, Eddy.
Au revoir et bonne chance.
Il nous souhaite bonne chance.
Il sait jouer.
Il a un style très personnel.
Il ne se perdra pas.
J’aime beaucoup ça.
Du Chopin ?
– Oui.
– Lequel ?
Un Nocturne.
Rejouez-le-moi.
Je me plaindrai à Reisman.
– Ça m’est égal.
– Comment ça ?
Il n’est pas mon chef.
Il ne veut pas de moi.
J’ai cru être engagé.
J’ai rêvé…
rentrer chez moi au volant
d’une Rolls Royce…
riche à millions et m’écriant…
“Ça y est père, je suis célèbre !”
– D’où êtes-vous ?
– De Boston.
Et… décidé à conquérir New York.
Croyez-moi.
Bien sûr.
D’ici là, que comptez-vous faire ?
– Gagner ma vie dans une pharmacie.
– Au piano ?
Non, je suis potard.
Pourquoi pas ? J’ai un professeur…
qui lui jouait du banjo. Alors !
– Je bavarde trop ?
– Peut-être.
Lou, obtenez les partitions
pour “Lucky Lindy”.
On nous le demandera beaucoup.
– Il a embrasé l’imagination.
– Jouez encore. Si, si.
– M. Reisman.
– Bonsoir, Mlle Oelrichs.
Leo, faites-moi une faveur.
Une chanson spéciale ce soir ?
Non, autre chose.
Jouez sans interruption.
Oh, ma chère, je ne peux pas.
Vous le pouvez si vous embauchez
un pianiste supplémentaire.
Vous avez un protégé ?
Vous avez deviné.
– Il vous va ?
– Il me va.
Alors, c’est convenu ?
Vous êtes un ange.
Ça y est : vous êtes engagé.
– Je suis en retard.
– Quoi ?
Un travail.
Quoi ? Vraiment ?
Oui, et tâchez de jouer bien.
– Merci, Mlle… ?
– Oelrichs. Marjorie Oelrichs.
Merci, Mlle Oelrichs.
Venez mettre…
une blouse de pharmacien !
Bientôt à moi ?
Aidez-moi, je vous prie.
Merci.
Je peux le boutonner.
Dans combien de temps ?
Prêt maintenant ? Bien.
Oh, vous voulez que je m’assoie.
Merci, M. Sherwood.
– Allez-y, c’est à vous.
– Oui, monsieur.
– Attention !
– Oui, monsieur ?
Jouez en sourdine.
On ne veut pas déranger leur repas.
– Bien, monsieur.
– Eh bien, allez-y.
Gare au smoking, j’y tiens.
Si nous dansions encore ?
– Allons.
– Vous êtes infatigable.
Allez, les autres, venez danser.
Ça alors ? Danser au son du piano !
– Allons planter nos choux !
– C’est une idée.
Voici le maire. Tous en scène !
J’ai gaffé ?
Non. Le maire arrive.
C’est lui ?
Allez.
Sortez de là.
– C’est Jimmy Walker !
– Oui, je sais. Quittez l’estrade.
C’est un super morceau.
Le maire l’a écrit, vous savez.
Oui, je sais.
Bonjour…
Mlle…
MARJORIE OELRICHS
décoratrice d’intérieur
Quels “comptes” fantastiques !
Je suis décoratrice, pas comptable.
Mon oncle, tu es banquier…
alors, fais mon bilan.
Ne la gronde pas trop.
– Si… un peu.
– Walter.
– Il faut que ce soit prêt mardi.
– Bien, Mlle Oelrichs.
Posez ça là… Où dois-je signer ?
Pour moi ?
– Oui.
– Comme c’est gentil.
Je vous présente M. et Mme Wadsworth.
M. Duchin.
Le virtuose d’hier soir.
– Comment allez-vous ?
– Oh, oui, je me rappelle.
– Votre musique nous a charmés.
– Merci.
Marjorie, une fois pour toutes,
vas-tu fermer boutique…
et venir en week-end ?
Non, je travaille.
Ah, ce maudit magasin.
– Tante Edith…
– Tu ne sors plus.
– L’Europe, Palm Beach…
– Je sais, ma chère, mais enfin.
J’ai mieux à faire ici.
Tu ne la convaincras pas.
Tant pis, mais ne te fatigue pas.
– Au revoir.
– Au revoir.
Laisse-la.
J’aurais préféré qu’elle se repose.
– Des parents.
– Oui. Ma tante et mon oncle.
Ils m’ont élevée. Je les adore.
Mettez de l’eau, voulez-vous ?
Ça les choque que je travaille.
Pourquoi travaillez-vous ?
– Pourquoi pas ?
– Vous avez de quoi vivre.
Il faut un but dans la vie…
l’argent n’en est pas un.
Je croyais que si.
Non. L’argent est un mauvais maître.
Il faut viser plus haut.
Pour être franc…
j’ai envie de ce “mauvais maître”.
Quel curieux homme vous êtes.
J’ai lu des tas de biographies.
Singer, Ford, vous voyez le genre.
Je n’ai jamais vu en chair et en os…
quelqu’un voulant faire fortune.
Est-ce que… ?
Vous réussirez ? Oui, je crois.
Vous êtes de ceux qui créent.
Je vous envie ce privilège.
Je joue du piano, c’est tout.
Et ainsi, vous créez du bonheur.
Merci. Je m’en souviendrai.
Oh, M. Sherwood !
J’espère ne pas être en retard.
Vous arrivez à temps.
Je serai prêt en 4e vitesse.
C’est bien vrai ?
– Je suis engagé ?
– Ils jouent.
– Maintenant ?
– Pour les entractes seulement.
– Le piano de l’entracte.
– Je vois.
Je suis en retard car je suis
allé louer un smoking.
J’espère qu’il me va.
– Il est bien ?
– Parfait.
– Oh, bon.
– Eddy, c’est à vous…
– Maintenant ?
– Attendez.
Calmez-vous. Allez…
Comme dynamisme, il se pose là.
Ah, vous voilà.
– Jouez en sourdine.
– Merci, M. Reisman.
– Bonjour, M. Duchin.
– Bonjour.
Elle vous plaît ?
C’est pour aller dans le monde ?
Tu l’as achetée cher ?
– Non… d’occasion.
– Combien ? Avoue.
– Elle appartenait à un Vanderbilt.
– Elle a un grand air.
Et elle pétarade à ravir, je parie.
– Et moi ?
– Grand air aussi… et pétaradant.
Attends.
Tu manques deux cachets ce soir.
C’était une invitation personnelle
de la part de Mme Wadsworth.
Ce soir, je suis invité.
– “Invité”. Tu saisis la nuance.
– Très bien.
– Au revoir.
– Amuse-toi bien.
– Voilà Eddy Duchin.
– Bonjour, Eddy !
– Vous venez jouer ?
– Non. Pas aujourd’hui.
– Quel dommage.
– Je suis si déçue.
Le Casino est si vibrant
depuis son arrivée.
Hé, attention !
Vas-y doucement.
Elle est à moi.
– Bonjour, M. Duchin.
– M. Wadsworth.
– Heureux de vous avoir parmi nous.
– Merci.
Merci.
Merci.
Mlle Oelrichs.
– Bonjour.
– Ah, quelle joie !
Je ne savais pas… ?
Si. Invité de votre tante.
Vous habitez avec eux ?
– Oui.
– Et un peu le vôtre, j’espère.
– Je passe un moment agréable.
– J’en suis ravie.
J’ai entendu dire que vous avez
décoré la maison des Whitney.
C’était fort intéressant.
Vous savez, depuis que je vous ai vue
le ciel m’est tombé sur la tête !
– Vraiment ?
– Des disques…
des cachets mirifiques.
Tenez, l’autre soir…
j’ai joué pour le prince de Galles !
Je bavarde trop ?
Ce soir, je m’amuse…
je suis ici en invité.
– J’adore.
– Marjorie, viens.
Excusez-moi.
Linus Larrabie a cette idée fabuleuse
pour une fête sous-marine.
– Nous porterons des filets.
– Merci.
– Rien que des filets.
– Merci beaucoup.
Edith, as-tu bien expliqué
à M. Duchin…
qu’il doit jouer ?
Mais oui, pourquoi ?
Alors, qu’attend-il ? Dis-le-lui.
Dis-lui toi. Je préférerais.
– C’est toi qui l’as engagé.
– Très bien.
Mme Wadsworth.
C’est une soirée exquise.
Pourquoi lui as-tu dit de jouer ?
Parce qu’il est là pour cela.
– Lui qui se croyait invité.
– Oh, c’est ridicule.
C’est son travail.
Je me suis couvert de ridicule.
Homme du monde à la manque.
Idiot présomptueux…
qui se croit invité pour lui-même.
Un jour, quand j’étais petite fille…
j’étrennais une belle robe.
Il pleuvait. Je courus chez des amis…
pour faire admirer ma robe neuve.
J’ai glissé dans une flaque.
On s’est moqué de moi.
J’ai cru mourir de confusion.
Et vous voyez : je suis là.
D’autres robes ont suivi…
et d’autres faux pas aussi.
– Et c’est ainsi qu’on progresse.
– En apprenant à tenir sa place.
Et la vôtre ce soir…
est à mon côté.
Y êtes-vous mal ?
Et maintenant, Mesdames, Messieurs…
Eddy Duchin joue “Dizzy Fingers”.
– Vous devez être fiers de lui.
– Oh, oui.
C’est un fils admirable.
– Vous chantez ici ?
– Non, Mlle Oelrichs est…
– Décoratrice.
– Vous connaissez Eddy depuis… ?
Depuis qu’il est à New York.
Pourquoi m’examinez-vous ainsi ?
Je crois que vous aimez
notre Eddy.
Il reste encore un point à éclaircir.
Eddy vous aime-t-il ?
À lui de répondre.
Si j’ose lui demander.
Ah ! Enfin un peu de calme.
– Tu as si bien joué. Bravo.
– Bravo !
Bonjour. Merci, Lou.
– Nous sommes si fiers de toi.
– Merci.
Alors, vous vous entendez ?
– Je l’espère.
– C’est fête chaque soir ici ?
Chaque soir, oui.
Tu vois, j’ai tout.
Qui a tout, veut davantage.
C’est encore un de ses dictons.
Je voudrais la parole.
Vas-y.
Mes chers parents…
vous avez peiné pour m’élever.
Je vous dois tout, je le sais…
et mon cœur vous en sait gré.
Mais il y a autre chose.
“Chose”, c’est moi, sans doute.
Veux-tu m’épouser, oui ou non ?
Maintenant, oui.
Que dis-tu de ça ?
Rusé, comme son père.
Oui, je n’ai fait ma demande que…
quand je savais la réponse.
C’est plus sûr, n’est-ce pas ?
Bien plus sûr.
Alors : ma demande… officielle.
devant ma mère et mon père…
Consens-tu à m’épouser ?
– Mazel tov !
– Oh, maman.
Mazel tov.
Mazel tov.
Ne bougez pas, M. et Mme Duchin.
Encore une, s’il vous plaît.
Voilà.
Regardez le gâteau.
– À notre maison.
– Notre maison.
Nos amis qui nous croient au loin !
Oh, regarde. Viens.
Prends cette clé d’or.
À quoi sert-elle ?
C’est ta clé.
Ta clé de notre porte.
– Tu as froid ?
– Oh, ce n’est rien.
Non, c’est le vent. Je hais le vent.
– Pourquoi ?
– Pour rien.
Regarde !
Le Casino ! Ce soir, je ne joue pas !
Tu ne m’en veux pas au moins ?
Toi et la musique, je vous confonds.
Chéri, cette confusion m’est douce.
J’ai obtenu ce que je voulais…
même toi !
Moi, c’était couru d’avance.
Toi, tu es tout.
Disons : ton meilleur atout avec…
le talent que Dieu t’a donné.
Le reste compte si peu.
Tout pourrait s’évanouir…
Tant que tu m’as. Et même si…
Non. Tu es plus que tout.
C’est mon rêve, chéri.
Je ne veux plus rien…
que pour toi.
Le plus gros diamant du monde,
par exemple.
Non, surtout pas.
Rien de ce qui s’achète.
Toi, et rien que toi.
Mais je suis à toi.
Ta chance me fait parfois peur.
Non, n’aie pas peur.
La chance m’est fidèle.
Un bon ange veille sur nous.
Tu parles… comme un conte.
Mais…
nous vivons un conte merveilleux.
Si nous dansions sur ma musique ?
Maintenant.
Mme Duchin, fais-moi l’honneur.
Redis ça.
Viens, Mme Duchin…
j’ai le don d’ubiquité.
Je serai au piano… et dans tes bras.
Je ne savais pas
que tu dansais si bien.
Oh, Eddy.
Eddy, mon amour.
Je t’aime.
Je t’aime, Mme “D”.
J’aime tes mains.
Même loin du clavier…
elles m’enivrent encore…
et davantage.
J’en étais amoureuse…
avant même de t’aimer.
C’est moi qui “bavarde trop” ?
Oh, quel orage.
Marjorie, quoi ! Qu’as-tu ?
– Rien.
– Comment ça, rien ?
– Parle ! Explique-toi !
– Non.
Dis-moi, je t’en prie.
C’est le vent.
Je hais le vent !
Comment ça ? Pourquoi ?
Un cauchemar… qui m’obsède.
Je ne peux l’oublier.
Essaie de l’oublier.
J’essaie de toutes mes forces.
Mais il revient toujours.
Le vent nous sépare…
J’essaie en vain de te rejoindre.
Calme-toi. Tu divagues.
Peut-être.
Mais voyons, chérie.
Je suis là.
Gronde-moi, veux-tu.
Je crains d’avoir gâché
ta soirée de noces.
Comment le pourrais-tu ?
Bonjour, Mme Duchin.
Je suis très inquiète. Qu’y a-t-il ?
Chéri, es-tu malade ?
Tu m’as dis d’accourir.
Qu’en dis-tu ?
TOUS LES SOIRS – EDDY DUCHIN
avec son ORCHESTRE Casino Central Park
– En voilà une réaction !
– Reprenez vos esprits.
Et M. Reisman ?
Il part en tournée.
– Ça s’est décidé quand ?
– Il y a un mois.
– Il va parcourir l’Europe et…
– Un mois ?
– Il sera parti…
– Tu le sais depuis un mois…
et tu ne me l’as pas dit ?
Tu m’as bien caché deux mois…
que tu attendais un bébé.
– Traître !
– C’était notre surprise.
– Êtes-vous heureuse ?
– Je suis si heureuse, si heureuse.
Prends place ici, Mme Duchin.
Le premier gala…
d’Eddy Duchin et de son orchestre…
devant un public de choix.
“You’re My Everything.”
Mme Duchin, danses-tu ?
J’ai beaucoup dansé autrefois…
mais en ce moment…
Une danse à trois ?
Pardon de te tenir à distance, M. “D”.
Quelqu’un s’est glissé entre nous.
Ça t’ennuie ?
Non, tant que tu es à moi.
Oh, elle est superbe.
– Bonjour, Harry.
– Bonjour, Eddy. Quoi de neuf ?
Excusez cet “intermède”, mais…
je viens d’avoir un héritier.
Je vais jouer pour lui et sa mère…
qui nous écoutent.
C’est affreux.
N’y a-t-il aucun espoir ?
Cela n’a rien à voir
avec l’accouchement.
Croyez-moi.
Nous avons tout essayé.
On vous demande.
Pardonnez-moi un instant.
Le docteur est catégorique.
Elle ne passera pas la nuit.
Et maintenant, bonsoir.
Eddy Duchin et son orchestre…
vous disent à tous : Joyeux Noël !
Marjorie, j’arrive.
Comment allez-vous l’appeler ?
Joyeux Noël !
Félicitations !
– Nous avons applaudi votre émission.
– C’était merveilleux.
Joyeux Noël.
– Joyeux Noël.
– Il faut que je vous parle.
Ce n’est pas vrai.
C’est toi ?
Je t’ai écouté.
Tu l’as vu ?
Notre fils ? Oui.
Je l’ai appelé un petit singe…
mais c’est vraiment un poupon,
tu sais.
Bien sûr.
Parle, toi.
Je suis fatiguée.
J’y pense. Ce sera amusant.
Devant la cheminée, nous mettrons…
trois paires de chaussons.
J’étais fille unique…
Noël n’était jamais bien gai.
Joyeux Noël, Mme “D”.
Un cadeau de Peter et son père.
Bon vieux Père Noël…
cette fois, tu m’as gâtée.
Retournons chez nous.
Quand pourrai-je rentrer ?
Bientôt.
Très bientôt.
Tu as tant besoin de moi.
Toujours…
Oui, tant et toujours.
Toi qui m’as aidé à mes débuts…
quand assise près du piano…
tu me consolais et m’encourageais.
Toi, mon guide constant.
Je serai toujours présente…
je te guiderai toujours.
Oui, toujours.
Où est ta main ?
Toujours je veillerai sur toi
et sur Peter.
Je suis le bon ange dont tu parlais…
ne l’oublie pas.
L’ange qui veille jour et nuit.
L’ange au cœur plein d’amour.
Pour vous… pour tous.
– Tu entends ?
– Il n’y a rien.
– C’est le vent.
– Non, tout est calme.
– J’ai peur du vent.
– Chérie, il n’y a pas de vent.
Calme-toi.
Tout va bien.
Tu sais…
tout chez nous attend ton retour.
La chambre de Peter est prête.
Son berceau est installé.
Son petit landau aussi.
Et dans très peu de temps…
nous promènerons notre fils.
Nous l’emmènerons au parc…
aux lieux qui nous sont chers.
Nous l’emmènerons aux lieux
qui nous sont chers.
Tu te souviens…
Joyeux Noël.
Joyeux Noël !
Tu manqueras à New York.
New York ne me manquera pas.
Ce voyage au Brésil lui fera du bien.
Changement de public, de climat…
le soleil, la gaieté.
Et surtout, il lui faut du sommeil.
Tu pars, mon oncle ?
Tu n’as pas vu ton fils
depuis plusieurs semaines.
Dis-lui au moins au revoir.
À quoi bon. C’est un bébé.
Je vois.
Il est bien chez vous.
Merci de vous en être chargé.
C’est ce qu’aurait souhaité sa mère.
Adieu. À mon retour.
Eh bien, Lou !
C’est la fin d’une époque.
Peut-être bien, Eddy.
Peut-être.
Tournons la page.
Que m’importe ?
Tout a le même aspect mort.
AMBASSADOR
Coconut Grove
EDDY DUCHIN ET SON ORCHESTRE
TOUS LES SOIRS
Bonjour.
– Bonjour.
– Tu as renoncé à dormir ?
Je travaille.
Et la journée de 8 h ?
La nuit de 8 h, plutôt.
– Il n’y a rien de Boston.
– Il y a une lettre de ton oncle.
– Oh, cette vie d’hôtel.
– Et alors ?
Après 5 ans de tournée, j’en ai assez.
On démolit notre vieux Casino.
New York te réclame.
On t’offre un contrat superbe.
– On devrait accepter.
– On y fait un jardin d’enfants.
Tu m’écoutes ?
Trois fois que ton oncle t’écrit.
Il s’inquiète. Tes parents aussi.
– Pourquoi ?
– À propos de ton fils…
que tu… ignores.
Écoute, je t’ai déjà dit
que je parle à Edith.
Il se porte bien. Moi aussi…
Que veut-on de plus ?
Il se peut que Sherman aille
à l’étranger en mission.
Il craint la guerre.
Pourquoi faut-il que tu changes de sujet
chaque fois que je parle de ton fils ?
– Assez.
– Il faut que tu le voies.
Assez sur ce sujet.
Je respecte ton chagrin…
mais il n’excuse pas tout.
Tu en veux à ton fils parce que
sa mère est morte.
Tais-toi ! Je ne veux rien entendre !
Tu crois que sans ton fils,
Marjorie serait vivante.
C’est faux.
Encore une fois, assez !
Je raye New York de ma vie.
– Il n’y reste rien.
– Tu y as ton fils et il grandit.
– Tu dois le voir.
– Il est mieux ainsi.
– Il est heureux.
– Qu’en sais-tu ?
Tu fais fausse route depuis 5 ans.
Marjorie est morte.
Prends garde de ne pas
enterrer ton fils.
Ta famille te réclame.
Qu’elle l’élève, soit !
Mais qu’il connaisse son père.
Tente au moins l’expérience.
C’est peut-être la guerre demain.
Allons faire un saut à New York.
Très bien.
Peter, voici ton père.
– Bonjour, Peter.
– Enchanté, monsieur.
Vous allez passer
une journée magnifique.
Qu’allez-vous faire tous les deux ?
On verra ça en cours de route.
– Ça te va ?
– Oui, monsieur.
Eh bien, on y va ?
Au revoir, Edith.
– Au revoir, tante Edith.
– Amuse-toi bien.
Une glace ?
Une promenade à dos de poney ?
À quoi joues-tu d’habitude ?
Oh, ça dépend.
Ça dépend.
Regarde.
Regarde. Ils plongent.
Ces phoques me rappellent
San Francisco.
Il y a un rocher où ils viennent
par centaines. Des sauvages.
Pas apprivoisés comme ceux-ci.
Ce sont des morses…
pas des phoques.
Coucou, Peter.
Mon oncle !
Tu es content de voir ton père ?
Je ne vais pas te revoir…
– jusqu’à ton départ pour l’Europe.
– Oui.
– Ça ne m’amuse pas, crois-moi.
– Il croit la guerre mondiale proche.
Je sais.
– Je reste en contact.
– Oui.
– Au revoir, Peter.
– Au revoir, monsieur.
Merci, monsieur, je me suis
bien amusé.
Tant mieux, Peter. Moi aussi.
Merci pour le ballon.
EDDY DUCHIN S’ENGAGE
DANS LA MARINE
Numéro 2, feu !
Central, feu !
Numéro 4, feu !
Nappe d’huile à bâbord.
Nous avons réussi.
Cessez le feu.
– Vous m’avez demandé ?
– Oui, Eddy, entrez.
– Alors, comment ça se passe ?
– La lutte est chaude.
Ça se corsera encore au Japon.
– Asseyez-vous.
– Merci.
Nous ferons escale à Mindanao
pour nos réparations.
Le bureau de la
“Guerre Psychologique”…
vous réclame encore.
La “Guerre des Nerfs”
userait les miens.
Vous êtes ici depuis deux ans.
Vous savez bien que moi…
je ne demande qu’à vous garder.
Merci.
Mais vous, pourquoi
vous obstinez-vous ?
D’habitude, on tient à sa peau.
Il paraît que oui.
Si je tiens à rester ici…
c’est par égoïsme.
Dans le feu de l’action…
on oublie ses chagrins.
La guerre, c’est dit-on, l’enfer.
Pour moi, c’est plutôt…
le salut.
Sortez-les d’ici.
C’est ça. Dépêchez-vous.
Du chewing-gum ?
Oui ou non ?
Essaie de faire ça.
Maintenant, continue.
“Cher Peter, j’ai tant à te dire…
Nous nous connaissons si peu.
Le temps nous a manqué…
mais dès mon retour…
– je rattraperai le temps perdu. ”
– Ici le capitaine.
J’ai reçu l’ordre…
de cessez-le-feu.
La guerre est terminée.
Ce sera plus tôt que prévu.
Plus tôt.
– M. Duchin.
– Bonjour, Charles.
Je vais annoncer à M. et Mme Wadsworth
que vous êtes ici.
Merci.
M. Wadsworth.
M. Duchin est ici.
Eddy ! Sois le bienvenu !
Sois le bienvenu. Nous ne t’attendions
pas avant demain soir.
J’ai trouvé un amiral qui avait aussi
hâte de revenir que moi.
C’est une telle joie de vous revoir.
Raconte-nous tout.
Je reviens pour de bon.
Où est Peter ?
Avec Chiquita au parc.
Je vais me consacrer à lui.
– Je dois rattraper le temps perdu.
– C’est parfait.
Je vais monter un nouvel orchestre.
J’ai un contrat ici…
je pourrai rester avec Peter.
Si j’allais à sa rencontre ?
– Que d’impatience !
– Oui, je bous.
J’ai hâte d’organiser notre vie.
Parle-moi un peu de cette petite
amie de Peter : Chiquita.
C’est une charmante enfant.
– Espagnole ?
– Une Anglaise, malgré son nom.
Son père était un de mes associés
à Londres.
Toute sa famille a été décimée
durant le Blitz.
Je l’ai recueillie pour tenir
compagnie à Peter.
– Elle et lui s’adorent.
– Tante Edith. Oncle Sherm.
Devinez ce que j’ai fait.
Des 8 au patinage.
Bonjour, Peter.
Quelle joie de te revoir, Peter.
Tu es content aussi, j’espère.
Tu ressembles à ta mère.
À vous, il paraît.
As-tu reçu mon yatagan ?
– Oui.
– Bien.
Et la poupée pour ta petite amie ?
Une vraie poupée japonaise.
C’est une des plus…
Une poupée ravissante, d’ailleurs.
Je suis ravie de vous connaître.
Soyez le bienvenu.
– Merci.
– Eddy, c’est Chiquita Wynn.
Je vous voyais en “format réduit” !
Je suis navrée de vous décevoir.
Excusez-moi.
J’ai manqué d’à-propos.
Non, c’est juste que l’air marin…
a corrodé mon sens de l’humour.
Je remonte dans ma chambre.
Non. Reste avec ton père.
Et… la surprise ?
Un autre jour, ma tante.
M. Duchin, voulez-vous
vous asseoir ici ?
Veuillez écouter : Peter Duchin.
– Mais qui lui a appris à jouer ainsi ?
– C’est Chiquita.
Je lui ai joué et rejoué vos disques.
Nous les aimons tant.
Excusez-moi.
J’ai mal à la tête.
– Est-ce vrai ?
– Tu connais les enfants.
Non, je ne les connais pas.
Ce sont des énigmes.
Il a peut-être mal à la tête.
En tout cas, c’est pour lui
un choc de vous revoir et…
il a la pudeur de ses sentiments.
Je crois que vous devriez…
l’apprivoiser peu à peu.
Mais je l’aime d’un seul bloc.
Il s’agit de lui, non de vous.
Vous êtes là, c’est l’essentiel.
En voici une.
Lance-la dans le gant.
Trop haute.
Lances-en une autre.
Signe ces contrats et… au boulot.
J’ai recruté que des as.
Tous ceux que nous voulions.
Ces 5 dernières semaines,
j’ai tout mis en place.
Partitions, contrats, tout est prêt.
La publicité aussi.
Je suis fourbu.
Dans la zone de frappe.
Une balle. Un raté.
Une vraie paire d’amis ?
Une haute, Chiquita.
Peter, viens ici, veux-tu ?
– Je signe… où ?
– En bas.
Et les doubles aussi.
– Tu m’as appelé ?
– Oui, va te changer.
Nous sortons dès que j’ai terminé.
Quoi faire ?
T’équiper pour la rentrée scolaire.
Mais Chiquita…
Je m’en suis déjà chargée.
Quoi ?
Pour vous éviter cette peine.
Retournez tout. Je veux l’emmener.
C’est mon rôle et j’y tiens.
Mais tout est déjà commandé.
Il est facile d’annuler la commande.
Va te changer, mon fils.
Je n’essaye pas…
de vous voler votre fils,
M. Duchin.
Bien au contraire.
Désormais, je m’occuperai de Peter.
C’est parfait.
Mais mieux vaudrait éviter
de nous disputer devant lui.
Mlle Wynn, vous êtes l’invitée
des Wadsworth…
et non une nourrice.
Je ne vous donne pas d’ordres.
– Vous me faites des remontrances.
– Je n’en étais pas consciente…
Et cela doit cesser !
Peter vous juge en fonction de moi.
Arrêtons là. Nous ne voyons
pas les choses de la même manière.
Chaque enfant a besoin d’un père.
Je le sais, croyez-moi.
– Vous montez mon fils contre moi.
– Vous m’insultez.
Ce n’est pas moi qui ai mis
un mur entre vous deux.
– C’est moi ?
– Là n’est pas la question.
Peter possède tous vos disques.
Il les a cachés à votre arrivée.
– Cachés ? Pourquoi ?
– Pourquoi ?
À quoi bon aimer quelqu’un…
qui partira peut-être demain.
Ça signifie quoi ?
À vous de juger.
Vous êtes vraiment très forte.
Au fait, je n’y avais jamais songé…
peut-être n’êtes-vous pas…
l’homme que l’on prétend.
Mlle Wynn.
Croyez-moi, je suis prêt à tout…
pour gagner son affection.
Ça ne sera pas de trop.
Vous savez tant de lui, moi : rien.
Ça, c’est vrai.
Parlez, expliquez-moi.
Vous aurez des surprises pénibles.
Parlez, je vous en prie.
S’il vous plaît.
Bien. Prenez cinq minutes.
Ça vous a plu ?
Formidable, M. Duchin.
– Bien.
– Tu peux venir un instant ?
Excusez-moi.
On débute dans 8 jours.
Il reste des tas de trucs à voir.
Quel chic type, ton père !
Ah ça, c’est vrai.
– Qui a mes anches ?
– Elles sont dans la boîte.
On va jouer ça comme ça et passer…
Vas-y !
Un très bon numéro, Peter.
– Merci.
– “Bien”, comme tu dis.
Jouons encore.
Et le dentiste qui t’attend ?
Si on n’y allait pas ?
Demande à ton père.
Toi, ton avis ?
Ce serait notre troisième annulation.
Tu as rendez-vous ?
Vas-y.
Mlle Wynn a raison.
Très bien.
Salut les gars !
Je dois aller chez le dentiste.
Répétons, nous n’avons
que peu de temps.
On débute dans une semaine.
Allons-y, les gars.
Eddy attend.
Reprenons au thème.
Chiquita, si nous dansions ?
– Félicitations, Eddy.
– Bienvenue, Eddy.
Je suis heureux d’être là.
Alors, tu t’amuses ?
Prends ma place, veux-tu ?
L’orchestre n’a jamais joué mieux.
– Croyez Cugat. Il s’y connaît.
– Merci.
– Qu’as-tu ?
– Ce n’est rien.
Je reviens dans une minute.
Qu’as-tu à la main ?
Rien.
Un bon massage et ça ira.
– Il fait chaud ici.
– Je sais.
Mais ça, le public s’en moque.
Laisse-moi seul, veux-tu ?
Je suis fatigué, voilà.
– Le médecin… ?
– Non, ça va.
Tiens, regarde.
Eddy, un homme à la quarantaine…
devrait se faire examiner
deux fois par an.
Deux fois par an.
Soit. Je verrai un médecin.
Papa !
M. Duchin.
Papa !
J’ai peur.
Peux-tu me garder ?
Bien sûr. Grimpe.
Papa ?
Oui ?
Papa, je t’aime !
C’est quoi la Fête du Travail ?
Ce que c’est ?
Un jour où l’on chôme.
Je meurs de faim.
– Un chic gosse, hein ?
– Oui.
Je crois te voir faisant irruption
chez Reisman.
On ne m’opère pas des amygdales !
J’ai faim. Je veux manger.
Oui, oui, mon petit ogre.
Monte te laver.
La cuisinière est malade,
je vais te préparer quelque chose.
D’accord !
L’Amérique est toujours
peuplée d’Indiens sauvages.
Le docteur l’a examiné ?
Oui et moi aussi. Tout va bien.
Tenez, des nouvelles d’Europe.
J’improvise à dîner. Vous restez ?
Non, merci, Chiquita.
C’est la femme rêvée pour toi.
– Ç’aurait été… !
– Il y a d’autres docteurs.
Le docteur Richter est un spécialiste.
Tu pars ?
Oui, je rentre… méditer.
Peut-être à plus tard.
La vie est cruelle parfois.
Avez-vous envie de dîner ?
Non, mais de tailler une bavette.
Puis-je ?
– Tailler quoi ?
– Une bavette.
Ce qui veut dire ?
C’est une vieille expression…
Bavarder, oui, bavarder.
Bavardons.
Sur quel sujet ?
Choisissez.
“Voici l’été, les oiseaux chantent.”
Et d’un.
Au suivant.
“Ce pain enveloppé de Cellophane
et débité en tranches…
C’est le comble du luxe !”
Soyons sérieux.
Je suis heureuse…
que vous et Peter soyez réunis.
Il me manquera.
Pourquoi ? Vous partez ?
Je retourne en Angleterre.
Qu’allez-vous y faire ?
C’est mon pays.
Ce qui veut dire ?
Que vous allez vous marier ?
Il reste à trouver le mari.
N’avez-vous jamais pensé à… moi ?
Franchement, non. Je…
Je sais trop bien combien
vous aimiez la mère de Peter.
Il faut que vous sachiez.
J’ai adoré Marjorie…
c’est indéniable.
Elle reste l’amour de ma jeunesse…
de ma vie.
L’amour perdu à jamais.
L’amour unique.
Le bonheur que la vie…
ne peut donner qu’une fois.
Le premier amour…
La venue du premier enfant…
La tendresse des parents…
Ce n’est qu’une fois.
Je l’ai su trop tard.
J’ai vécu dans un rêve…
qui s’est évanoui.
Je vous en prie, Chiquita…
Ne nous quittez pas… jamais.
Quoi ?
Je n’aurais pas dû.
Je vous admire plus que tout.
Comprenez-vous ?
Je comprends de moins en moins.
– Partez, je vous en prie.
– Êtes-vous fâché après moi ?
Alors, quoi ?
Chiquita, voulez-vous…
Je vous aime.
– Vous le savez ?
– Sincèrement, non.
Je ne comprends pas.
Cela vaut mieux.
Je vais mourir. C’est clair, hein ?
Clair et simple.
Inutile d’user d’euphémismes.
“Diagnostic regrettable.”
Je sais que je suis condamné.
Condamné… ? Le docteur a dit… ?
– Le docteur a dit…
– Que j’avais un an à vivre.
Ça s’appelle l’hématémèse.
Ce n’est pas contagieux…
mais ça vous engloutit
et vous disparaissez.
Je refuse de le croire.
C’est ce que j’ai dit au médecin.
Il a tourné ses talons
et hoché de la tête.
– Un autre docteur ?
– Chiquita, ça suffit.
J’en ai vu trois : même diagnostic.
Eddy, ils…
Alors, tant pis pour l’amour…
ou l’avenir que nous aurions pu…
Qui est au courant ?
Mon imprésario.
Et Peter ?
Pas encore.
Regarde.
Le courant est fort.
C’est drôle comme la réalité
peut paraître irréelle.
Je dois appeler mes parents à Boston…
et dire bonjour.
Eddy, je serais si fière
d’être votre femme.
Je ne veux pas de pitié.
Cela n’a rien à voir avec la pitié.
Non, je ne pourrais pas.
Eddy, je vous aime tant.
Vous m’aimez ?
Et depuis si longtemps.
Je veux être votre femme.
Tu sais…
si ce n’était un cadeau
de mariage d’Edith…
il passerait par la fenêtre.
Oui, ce n’est pas un Renoir !
Ré dièse.
Ça te plaît, là ?
On ne peut plus se retourner ici.
Bien sûr… avec deux pianos.
Je me suis mariée pour le meilleur
et pour le pire…
mais deux pianos ?
Tout le monde n’a donc pas
deux pianos ?
Hé, c’est oncle Lou.
Vous voyez ? Il n’a pas oublié.
Lou a promis de l’emmener au cinéma.
Les albums ?
– Papa, tes albums sont ici.
– Bien. Merci, Lou.
– Il n’y a pas de quoi.
– Bonjour, Lou.
– Je peux l’emprunter un moment ?
– Si tu promets de le ramener.
Promis.
Emmenons Lou aux Bermudes
avec nous au printemps.
– On n’ira pas aux Bermudes ?
– Si, si.
Et l’été prochain
en Italie et en France aussi ?
Je veux aller en gondole.
– Je suis prêt. Au revoir, papa.
– Au revoir, Peter.
– Au revoir, Chiquita.
– Amuse-toi bien.
Sûrement ! Merci.
Dernier au but a l’amende !
Lou, prends la voiture.
Tu me confies ta Rolls !
Une Rolls ?
C’est quoi ?
Dernier au but a l’amende !
Tu l’aimes mieux ici ?
Tu dois le dire à Peter.
– Non, je ne peux pas.
– Tu le dois.
Je ne saurais pas comment.
Peut-être pas ce soir.
Ce soir, la semaine prochaine,
dans un mois…
Quelle est la différence ?
Je ne pourrais pas.
Je veux savoir pourquoi.
Pourquoi faut-il détruire
un homme deux fois ?
Tu travailles et travailles,
et juste quand…
Tout…
Quand c’est trop beau,
on te prend tout.
Je ne veux pas mourir.
Je lui dirai.
Je lui dirai.
Mon Dieu, aidez-moi
à trouver les mots.
C’est ici que tu jouais.
Le Casino était ici, n’est-ce pas ?
Oui, exactement.
Dis-moi, papa, comment se fait-il…
qu’il y avait un dancing
au centre du parc ?
C’était la mode alors.
Et tu habitais là-haut ?
Moi à ta place…
j’aurais fixé un câble…
de chez moi au Casino.
Chaque soir…
je l’aurais enfourché et…
atterri en toboggan au piano.
Comment n’y ai-je pas pensé !
Le chiendent, c’est pour remonter…
Peut-être…
qu’avec un peu d’élan…
Mais de quoi voulais-tu me parler ?
Eh bien…
je pensais qu’on pourrait
marcher ensemble.
Lorsque j’étais dans la marine
dans le Pacifique…
j’ai voulu t’écrire.
J’avais tant de choses à te dire.
Tu n’as jamais connu ta mère…
quand je l’ai perdue…
Peter, j’ai besoin de toi.
Crois-moi, mon petit.
Si je te quittais,
ce serait bien malgré moi.
Quoi ! Tu repars en tournée ?
Non, pas précisément.
Tu pars pour longtemps ?
Pour longtemps, mon petit.
Chiquita t’accompagne ?
Non, elle restera avec toi.
Je t’aime plus que tout au monde.
Mais, je…
je dois te quitter.
Tu es obligé ?
De partir, je veux dire ?
Eh bien, ça m’est égal.
Tu ne le penses pas.
Ne me dis pas ce que je pense.
Tu dis que tu dois partir
et me quitter encore une fois.
– C’est bien ça ?
– Non, Peter. Écoute.
Tu n’as pas besoin d’expliquer.
Je m’en sortirai sans toi.
Je l’ai déjà fait.
Tu dois comprendre, Peter.
Écoute-moi.
Je t’ai dit que c’est contre mon gré.
Ne dis pas ça !
Ce n’est pas vrai.
Personne ne peut te commander.
Il y a quelqu’un
qui nous commande tous.
Tu te souviens les hôpitaux que
j’ai visités récemment, les docteurs ?
Oui, mais tu vas bien maintenant.
Tu nous l’as dit.
Non, je suis malade, Peter.
Je suis très malade.
Et c’est pour cette raison que
je ne serai plus avec toi longtemps.
Comprends-moi,
tâche de comprendre.
Comprends-tu ?
Je…
Je crois que je comprends.
Papa !
Vous m’avez manqué tous les deux.
Je n’ai personne pour m’aider.
Je prendrai soin d’elle, papa.
Et si on faisait un peu
de musique au piano double ?

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